top of page

Le syndrome de l'imposteur

"Si vous saviez ce que je suis vraiment ……."

Quand vous réussissez au travail, obtenez une promotion ou la gestion d’un nouveau dossier, c’est par chance. Vous ne méritez pas d’occuper ce poste ou de posséder cette entreprise, car vous n’en possédez pas les compétences, si vous réussissez, c’est à cause de facteurs externes et non pas grâce à vos compétences ou qualités professionnelles.

Un jour, ils vont se rendre compte que vous êtes une fraude, un imposteur, une arnaque intellectuelle, …. Un jour vous serez démasqués et la honte s'abattra sur vous comme la foudre sur l’Olympe.



Ça vous dit quelque chose ?

Vous connaissez ce sentiment ?


Identifié pour la première fois en 1978 par les psychologues Pauline Rose Clance et Suzanne Ament Imes, le syndrome de l’imposteur, autrement appelé le complexe de l’imposteur, a d’abord été détecté chez les femmes, dans le milieu professionnel. Assez répandu, avec 20% de la population qui présentait ce syndrome de façon chronique (Chassangre & Callahan, 2017) et

« 62 à 70 % de la population générale douterait un moment ou un autre au cours de sa carrière de la légitimité de son statut, de son succès » (Pauline Rose Clance).


Ce syndrome reste toutefois peu connu et mal compris.


 

Le syndrome de l’imposteur ... Quèsaco ?



Le syndrome de l’imposteur est le fait que, bien que vous possédiez toutes les qualités et compétences requises à l’exercice de votre métier, vous ne vous sentez pas légitime.

Généralement, les personnes souffrant de ce syndrome, ne se sentent pas à leur place, se déprécient constamment et ont le sentiment de ne pas être légitimes. Autrement dit, elles ont l’impression de jouir d’un statut, d’occuper un poste, une fonction ou encore, de faire carrière de manière frauduleuse, ....

D’être des imposteurs.


La conséquence de ce sentiment d’imposture ? Peur et anxiété s’installent de façon plus ou moins intense, à l’idée d’être …. démasquée.


“Ils vont finir par s’apercevoir que je suis nulle”

Bien que de nombreuses définitions de ce syndrome aient été proposées, les chercheurs ont réussi à se rejoindre autour de critères semblables et complémentaires qui font aujourd’hui consensus. Le syndrome de l’imposteur se caractérise donc :


  • Par un bon niveau de réussite professionnelle et des signes extérieurs et objectifs de succès, qui ne sont pas intégrés par l’individu (Clance & Imes, 1978)

  • Par une bonne impression véhiculée auprès de leur entourage. Aux yeux des autres, ils semblent être remarquablement habiles dans leurs projets et accomplis dans leurs carrières professionnelles (Young, 2011). Ce qui renforce généralement le sentiment de tromperie qu’ils peuvent ressentir.

  • Par l’expression d’un fort sentiment d’inauthenticité, c’est-à-dire des pensées et actions estimées frauduleuses et une grande auto-dépréciation (Kolligian & Sternberg, 1991).


 

Qu’est-ce que ce n’est pas ?



Pour autant, le syndrome de l’imposteur n’est ni une maladie, ni une pathologie clinique en tant que telle. Cependant, on sait qu’il impacte négativement le bien-être et est une barrière à l’expression du plein potentiel individuel.

Contrairement aux idées reçues, il est très rare (rare ne voulant pas dire impossible) que le syndrome de l’imposteur se manifeste seulement dans le domaine professionnel. En effet, cette tendance à douter de sa légitimité peut toucher toutes les sphères de la vie, on peut donc ressentir que l’on n'est pas légitime au sein de sa famille, ses amies, son ou sa partenaire, sa maison, etc ….

Enfin, ressentir le syndrome de l’imposteur n’est pas LA ou UNE preuve que vous êtes un imposteur.

Si vous étiez un VÉRITABLE imposteur, vous n’auriez pas le sentiment que votre succès est injustifié !


C’est d’ailleurs ce qui différencie une personne qui souffre du syndrome de l'imposteur, d’un réel imposteur. Un véritable imposteur use et abuse de plusieurs fausses identités (ou personnalités), vend des qualités ou des compétences qu’il sait ne pas posséder et est souvent associé au menteur ou au manipulateur.


 

Alors comment identifie-t-on le syndrome de l’imposteur ?


Les personnes présentant le syndrome de l’imposteur regroupent trois symptômes bien particuliers, qui permettent de les identifier (Pirotsky,, 2001)


  • L’incapacité à s’attribuer sa réussite ;

  • L’impression d’être surestimé(e)s, de tromper leur entourage ou d’être inadapté(e)s dans leur milieu ou domaine d’expertise ;

  • Et la peur d’être démasqué(e)s.

Vous l’aurez déjà compris (et davantage si vous êtes familiers de ce sentiment), le syndrome de l’imposteur est un phénomène complexe. C’est pour cette raison et également, afin de faciliter l’identification des personnes présentant ce syndrome, qu’une liste de critères descriptifs a été établie (Holmes et al., 1993)



 

Comment reconnaître ce syndrome chez soi ?


Deux méthodes !


Pour évaluer la présence du complexe d’imposteur, vous pouvez soit vous référer à la liste des critères descriptifs et dans ce cas, au moins cinq critères (sur quinze) sont nécessaires pour identifier un syndrome de l’imposteur.

Soit, faire le test (en anglais) de l’échelle de Clance, qui a été développé dans le but de déterminer si oui ou non vous présentez des caractéristiques de ce syndrome et, si oui, dans quelle mesure vous en souffrez.


La fameuse liste (au moins cinq de ces critères):

  1. L’individu se décrit comme un imposteur (tricherie, plagiat, fausse intelligence, fraude)

  2. Il a des difficultés à accepter les félicitations et la reconnaissance

  3. Il lui est difficile de croire qu’il mérite les retours positifs

  4. Il tend à être déçu de sa réalisation, pensant qu’il aurait pu mieux/plus faire

  5. Il craint que les autres puissent un jour découvrir son/ses manques de connaissances ou de compétences

  6. Il a peur de l’échec

  7. Il a peur de ne pas pouvoir répéter, reproduire son succès

  8. Il a le sentiment de ne pas être la même personne en public et en privé

  9. Il tend à réussir même s’il craint l’échec avant même d’essayer

  10. Il craint de ne pas réaliser les attentes

  11. Il se sent moins capable que les autres, ne se sent pas aussi intelligent malgré des signes évidents qui prouvent le contraire

  12. Il tend à attribuer son succès à des causes externes

  13. Il peut croire que des rituels comportementaux sont nécessaires pour assurer une réussite

  14. Il peut préférer des positions, des postes à bas niveau ou non stimulants de peur d’échouer s’il se retrouve à un poste ou une position légitime de ses capacités

  15. Il est incapable d’internaliser son succès, en persistant de croire qu’il n’est pas compétent, bien qu’il accumule des signes évidents de réussite


 

Concrètement ….. comment il se manifeste ?


Le cycle de l’imposteur selon Clance (1985)


“J’ai réussis, ce n’est que de la chance …...quand vont-ils le réaliser ?”

Le cycle de l’imposteur, aussi appelé cercle vicieux, est la meilleure illustration du train d’actions et de pensées se mettant en place dès lors où une personne souffrant du syndrome de l’imposteur reçoit une nouvelle tâche à accomplir. Comme ce cycle a prouvé dans le passé, qu’il pouvait mener à la réussite, il est constamment reproduit et parfois considéré comme indispensable pour “l’imposteur”*.


* J’appelle ici « imposteurs » ceux présentant ce syndrome

Voilà donc ce qu’il se passe ...

Dès que le moment où l’on assigne une nouvelle tâche à accomplir, qu'elle soit nouvelle et donc jamais réalisée auparavant ou familière, le cycle de l’imposteur se met en marche.

Une anxiété peut alors gagner “l’imposteur”, des doutes, des inquiétudes avec une peur de l’échec ou du succès, liées à une faible ou mauvaise perception de ses propres compétences, s’installent.

Pour contrer ou pallier cette anxiété, “l’imposteur” va envisager deux stratégies défensives et les mettre en place:

  • La première est la procrastination (underdoing) suivie par un travail frénétique (overdoing) (que vous connaissez peut-être sous le nom de “travail de dernière minute”).

Procrastiner permet d’éviter l’anxiété ressentie et protège partiellement l’estime de soi, de la possibilité d’un échec en retardant le plus possible la confrontation à la tâche. Et comme les personnes souffrant de ce syndrome sont souvent très compétentes, un travail excessif permettra ensuite de garantir un succès pour contrer le sentiment d’illégitimité

  • La seconde une sur-préparation (overdoing) sur le long terme, la personne va fournir des efforts disproportionnés par rapport à la tâche (jusqu'à parfois se perdre dedans).

Cette stratégie est mise en place pour garantir le succès et pallier le sentiment d’illégitimité.


Une fois la tâche réalisée (le stress passé) et souvent avec succès, l’imposteur recevra du feedback ou une reconnaissance sur sa performance et son travail, mais elle sera refusée.


Pourquoi ? Ça ne fait pas de sens ?!



Détrompez-vous ! “L’imposteur” a, selon lui, de bonnes raisons de refuser et dénigrer sa réussite !