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Comprendre le racisme pour mieux lutter contre !


“Je n’aime pas la définition du mot “racisme” dans le dictionnaire … elle laisse à penser qu’il existe des races chez les êtres humains, mais la réalité est qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine”

 

Vous me pensez naïve ?

Détrompez-vous, différence et pouvoir, voilà ce qu’est le racisme, mais nous allons y venir plus tard …

Commençons par le commencement


 

Histoire & Race


Une brève histoire du terme “race”


Le racisme ne date peut-être pas d’hier, mais il fut un temps où le terme de races humaines n’existait pas. D’abord utilisé pour catégoriser les animaux, ce terme s’est généralisé et s’est appliqué aux hommes. Le racisme a alors pris, différentes formes et justifications au fil de l’histoire de l’humanité.

Dans l’antiquité, les grecques et les romains classifiaient les individus entre ceux qui étaient civilisés (donc eux et toujours selon leur propre conception de “civilisé”) et ceux qui ne l’étaient pas et dans ce cas, ils étaient appelés des barbares. Mais à cette étape de notre histoire, les termes “civilisées” vs “barbare” ne sont pas des catégories immuables, fixes ou héréditaires, pour le dire autrement, les barbares peuvent devenir cultivés.

Au moyen-âge, le terme race était employé pour différencier les espèces de chiens et de chevaux. Ce n’est qu’au 17ème siècle, qu’on a commencé à parler des êtres humains en tant que race, avec la race française, anglaise, etc... . Mais alors encore, il n’était pas question de catégoriser les individus selon une différence physique mais sur une différence culturelle. C’est vraiment 1 siècle plus tard, que le terme race s’est élargi à ce que nous connaissons aujourd’hui et les termes “race blanche”, “race noire”, ... ont commencé à être employés et se sont très vite démocratisés.

Dès que l’homme a commencé à parler et embrasser l’idée qu’il existait des races humaines, il lui fallait alors le justifier …

Le racisme scientifique


Et c’est comme ça, que de nombreuses théories racistes ont vu le jour au cours des derniers siècles. Carl Von Linné, naturaliste a rédigé dans “Systema natura” la toute première liste de race humaine autrement dit, la première supercherie raciste.

En 1758, il propose donc de subdiviser l'espèce humaine en cinq sous-espèces comprenant d'une part les monstres (déformations physiques, maladies mentales, etc.) et d'autre part quatre espèces ou « variétés géographiques » (Européens, Asiatiques, Américains et Africains). Alors qu’on pourrait croire que sa classification est essentiellement basée sur des différences de couleurs de peau, il a étayé sa classification avec d'autres arguments plus farfelus comme le caractère, les vêtements, ou encore l’ardeur au travail...


“La race naît du racisme, et non le contraire”


Ainsi et toujours selon Linné, les européens sont blancs et décrits comme étant inventifs, astucieux et gouvernés par des lois, alors que les africains, quant à eux, sont décrits comme étant habiles de leurs mains, paresseux et gouvernés par leurs instincts, les asiatiques sont jaunes et décrits comme étant mélancoliques et rigides, alors que les américains sont rouges, colériques et droits. Cette première classification a donné l’impulsion au racisme et les êtres humains pouvaient désormais être classés collectivement en tant que « races ».

Dans un ouvrage de 1801 “Ouvrage naturel du genre humain”, on retrouve une illustration avec en haut un apollon grecque et en bas un orang-outan. Dans cette représentation des races, l’homme de race “noire” est dépeint comme le chaînon manquant entre le singe et un idéal humain !


Et c’est ainsi que sont utilisées au milieu du 18ème siècle, l'anthropométrie ou encore crâniométrie, dans le but de mesurer ces différences anatomiques entre les différentes races humaines.

La crâniométrie par exemple, veut que la taille et la forme du crâne déterminent la taille du cerveau, qui détermine à son tour des caractéristiques comme l’intelligence et le comportement moral, ce qui est complètement faux !

Mais cela n’empêche pas ses partisans de diffuser cette idée largement, jusqu’à gagner les manuels éducatifs et de se proclamer membres d’une race supérieure (ou d’un sexe supérieur), sous prétexte que les dimensions du crâne de leur race sont plus importantes, en moyenne, que celles des autres races.



Et ce sont ces arguments là justement qui ont été repris à l’extrême au 20ème siècle par les nazis.

 

Les 3 piliers du racisme

En s’intéressant à l’histoire du terme “race” et donc, au racisme, on réalise très vite, que le fait de percevoir une personne comme fondamentalement différente de nous, permet de justifier l'utilisation d’un pouvoir pour le soumettre et le traiter différemment.


Les chercheuses Évelyne Heyer et Carole Reynaud-Paligot du musée de l’Homme expliquent que le racisme « consiste à considérer des différences entre individus, qu’elles soient physiques ou culturelles, comme héréditaires, immuables et naturelles ; il établit une hiérarchie entre des catégories d’êtres humains ; il peut se traduire par des sentiments et des actes allant de la discrimination jusqu’à l’extermination de l’autre ».


Pour le dire autrement, le racisme repose sur 3 piliers:

la catégorisation sociale ,

la hiérarchisation,

et l’essentialisation.


La catégorisation, c’est à dire le fait de classer et organiser les individus selon leurs différences et ici il s’agit de races. Dès le moment où l’on croit qu'il existe des races humaines, c’est inévitable, l’homme va chercher à les hiérarchiser en rendant un groupe supérieur et donc un, ou plusieurs autres groupes inférieurs de par leurs différences. Pour justifier cette hiérarchisation complètement arbitraire et aberrante qui ne repose sur aucune différence biologique ou génétique, l’homme va donner une essence à ces groupes, c’est-à-dire présenter ces différences comme étant indépassables, inévitables car relevant d’une transmission héréditaire.

Concrètement, c’est quoi le racisme ?

Le racisme est donc une idéologie (car il n’y a qu’une seule et unique race humaine) prônant que les humains peuvent être divisés (catégoriser et hiérarchiser) selon différents groupes, avec diverses caractéristiques héritées et immuables (essentialiser).”

En terme de gravité … Le racisme est un cran au-dessus de la dicrimination. Ce n’est pas seulement le fait d’adopter une attitude défavorable sur un groupe, c’est une doctrine, au même titre que l’antisémitisme et la xénophobie.


Une doctrine qui pousse à nuire, à blesser, humilier, voire même tuer allant parfois jusqu’au génocide.

 

Pourquoi parler du racisme maintenant ?


Car, bien que particulièrement d’actualité ces derniers mois, nous avons tendance à oublier que le racisme a TOUJOURS été d’actualité. Mais ces derniers mois, un mouvement social a pris une ampleur méritée qui ne doit plus jamais s’éteindre, le mouvement BLACK LIVES MATTER.


« Le racisme prospère quand il est nié. » Doudou Diène, juriste et ancien rapporteur spécial des Nations unies.

 

Le mouvement « Black Lives Matter »


Le mouvement BLM a fêté le 11 septembre dernier, ses 7 ans de combats, d’abord né pour

dénoncer la violence institutionnelle faite contre les minorités raciales aux États-Unis, la formule : « Black Lives Matter » a pris sa source à la suite de l’acquittement très contesté (et à raison) en juillet 2013 du vigile George Zimmerman, dans la mort du jeune Trayvon Martin, 17 ans, tué par balle alors qu’il revenait de l’épicerie, après s’être acheté des ????? BONBONS !!!!!

Au fur et à mesure que l’indignation provoquée par la mort de centaines d’Africains-Américains, sans armes, tués par la police grandissait, ce mouvement social, s’est développé, structuré et a pris l’ampleur qu’il méritait.

Bien plus qu’un moment, c’est un mouvement social


Suite à la mort de George Flyod, le 25 mai dernier, ce combat a repris avec plus de puissance et cette fois-ci c’est le monde qui s’est soulevé pour marcher à la mémoire de cet homme et manifester contre les violences policières faites envers les minorités.

Ce meurtre a aussi mis en lumière à quel point le racisme est installé confortablement dans notre société, les différentes manières que nous avons de le justifier et combien nous nous y sommes, en quelque sorte, habitués !


Selon Samuel Sinyangwe, activiste et co-fondateur de « Mapping Police Violence » et « Police Scorecard », deux projets qui collectent et retracent les violences policières aux États-Unis, il n’y a eu seulement que trois jours depuis la mort de George Floyd, où la police américaine n’a pas tué quelqu’un.




Sur le site de “Police Scorecard”, un rapport sur la police de San Diego a été publié et les faits sont effrayants…. les départements du shérif et de la police ont arrêté deux fois plus de personnes noires que blanches. Ils utilisent aussi et non seulement plus souvent la force dans leur arrestation, mais utilisent également des formes de force plus sévères (taser, prise d’étranglement, chiens, armes à feu,...) contre les personnes noires que d'autres groupes ethniques et cela, même après avoir contrôlé les taux d'arrestation et le niveau présumé de résistance.

Le fait qu’une personne ait davantage de risque de se faire arrêter ou violenter par la police lors d’une arrestation sur la base de sa couleur de peau, de son origine ethnique présumée ou de ses croyances religieuses, s’appelle du racisme systémique.

 

Le racisme systémique

“ On ne peut plus nier l’existence de comportements racistes dans notre société ”

Qu’est-ce que le racisme systémique ?

La Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) définit le racisme systémique « comme la somme d’effets d’exclusion disproportionnés qui résultent de l’effet conjugué d’attitudes empreintes de préjugés et de stéréotypes, souvent inconscients, et de politiques et pratiques généralement adoptées sans tenir compte des caractéristiques des membres de groupes visés par l’interdiction de la discrimination. » (p. 6).

Le racisme systémique est donc un biais discriminatoire produit par le système, de manière consciente ou inconsciente.

Est-ce que cela existe vraiment ?

« Les Blancs restent pris au piège d’une histoire qu’ils ne comprennent pas. » James Baldwin

Oui ça existe ! Et bien que beaucoup clament que la situation dans leur pays ne peut en rien être comparable à celle des États-Unis, le racisme systémique est bien présent dans de nombreux pays.