Comprendre le racisme pour mieux lutter contre !


“Je n’aime pas la définition du mot “racisme” dans le dictionnaire … elle laisse à penser qu’il existe des races chez les êtres humains, mais la réalité est qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine”


Vous me pensez naïve ?

Détrompez-vous, différence et pouvoir, voilà ce qu’est le racisme, mais nous allons y venir plus tard …

Commençons par le commencement


Histoire & Race


Une brève histoire du terme “race”


Le racisme ne date peut-être pas d’hier, mais il fut un temps où le terme de races humaines n’existait pas. D’abord utilisé pour catégoriser les animaux, ce terme s’est généralisé et s’est appliqué aux hommes. Le racisme a alors pris, différentes formes et justifications au fil de l’histoire de l’humanité.

Dans l’antiquité, les grecques et les romains classifiaient les individus entre ceux qui étaient civilisés (donc eux et toujours selon leur propre conception de “civilisé”) et ceux qui ne l’étaient pas et dans ce cas, ils étaient appelés des barbares. Mais à cette étape de notre histoire, les termes “civilisées” vs “barbare” ne sont pas des catégories immuables, fixes ou héréditaires, pour le dire autrement, les barbares peuvent devenir cultivés.

Au moyen-âge, le terme race était employé pour différencier les espèces de chiens et de chevaux. Ce n’est qu’au 17ème siècle, qu’on a commencé à parler des êtres humains en tant que race, avec la race française, anglaise, etc... . Mais alors encore, il n’était pas question de catégoriser les individus selon une différence physique mais sur une différence culturelle. C’est vraiment 1 siècle plus tard, que le terme race s’est élargi à ce que nous connaissons aujourd’hui et les termes “race blanche”, “race noire”, ... ont commencé à être employés et se sont très vite démocratisés.

Dès que l’homme a commencé à parler et embrasser l’idée qu’il existait des races humaines, il lui fallait alors le justifier …

Le racisme scientifique


Et c’est comme ça, que de nombreuses théories racistes ont vu le jour au cours des derniers siècles. Carl Von Linné, naturaliste a rédigé dans “Systema natura” la toute première liste de race humaine autrement dit, la première supercherie raciste.

En 1758, il propose donc de subdiviser l'espèce humaine en cinq sous-espèces comprenant d'une part les monstres (déformations physiques, maladies mentales, etc.) et d'autre part quatre espèces ou « variétés géographiques » (Européens, Asiatiques, Américains et Africains). Alors qu’on pourrait croire que sa classification est essentiellement basée sur des différences de couleurs de peau, il a étayé sa classification avec d'autres arguments plus farfelus comme le caractère, les vêtements, ou encore l’ardeur au travail...


“La race naît du racisme, et non le contraire”


Ainsi et toujours selon Linné, les européens sont blancs et décrits comme étant inventifs, astucieux et gouvernés par des lois, alors que les africains, quant à eux, sont décrits comme étant habiles de leurs mains, paresseux et gouvernés par leurs instincts, les asiatiques sont jaunes et décrits comme étant mélancoliques et rigides, alors que les américains sont rouges, colériques et droits. Cette première classification a donné l’impulsion au racisme et les êtres humains pouvaient désormais être classés collectivement en tant que « races ».

Dans un ouvrage de 1801 “Ouvrage naturel du genre humain”, on retrouve une illustration avec en haut un apollon grecque et en bas un orang-outan. Dans cette représentation des races, l’homme de race “noire” est dépeint comme le chaînon manquant entre le singe et un idéal humain !


Et c’est ainsi que sont utilisées au milieu du 18ème siècle, l'anthropométrie ou encore crâniométrie, dans le but de mesurer ces différences anatomiques entre les différentes races humaines.

La crâniométrie par exemple, veut que la taille et la forme du crâne déterminent la taille du cerveau, qui détermine à son tour des caractéristiques comme l’intelligence et le comportement moral, ce qui est complètement faux !

Mais cela n’empêche pas ses partisans de diffuser cette idée largement, jusqu’à gagner les manuels éducatifs et de se proclamer membres d’une race supérieure (ou d’un sexe supérieur), sous prétexte que les dimensions du crâne de leur race sont plus importantes, en moyenne, que celles des autres races.



Et ce sont ces arguments là justement qui ont été repris à l’extrême au 20ème siècle par les nazis.

Les 3 piliers du racisme

En s’intéressant à l’histoire du terme “race” et donc, au racisme, on réalise très vite, que le fait de percevoir une personne comme fondamentalement différente de nous, permet de justifier l'utilisation d’un pouvoir pour le soumettre et le traiter différemment.


Les chercheuses Évelyne Heyer et Carole Reynaud-Paligot du musée de l’Homme expliquent que le racisme « consiste à considérer des différences entre individus, qu’elles soient physiques ou culturelles, comme héréditaires, immuables et naturelles ; il établit une hiérarchie entre des catégories d’êtres humains ; il peut se traduire par des sentiments et des actes allant de la discrimination jusqu’à l’extermination de l’autre ».


Pour le dire autrement, le racisme repose sur 3 piliers:

la catégorisation sociale ,

la hiérarchisation,

et l’essentialisation.


La catégorisation, c’est à dire le fait de classer et organiser les individus selon leurs différences et ici il s’agit de races. Dès le moment où l’on croit qu'il existe des races humaines, c’est inévitable, l’homme va chercher à les hiérarchiser en rendant un groupe supérieur et donc un, ou plusieurs autres groupes inférieurs de par leurs différences. Pour justifier cette hiérarchisation complètement arbitraire et aberrante qui ne repose sur aucune différence biologique ou génétique, l’homme va donner une essence à ces groupes, c’est-à-dire présenter ces différences comme étant indépassables, inévitables car relevant d’une transmission héréditaire.

Concrètement, c’est quoi le racisme ?

Le racisme est donc une idéologie (car il n’y a qu’une seule et unique race humaine) prônant que les humains peuvent être divisés (catégoriser et hiérarchiser) selon différents groupes, avec diverses caractéristiques héritées et immuables (essentialiser).”

En terme de gravité … Le racisme est un cran au-dessus de la dicrimination. Ce n’est pas seulement le fait d’adopter une attitude défavorable sur un groupe, c’est une doctrine, au même titre que l’antisémitisme et la xénophobie.


Une doctrine qui pousse à nuire, à blesser, humilier, voire même tuer allant parfois jusqu’au génocide.

Pourquoi parler du racisme maintenant ?


Car, bien que particulièrement d’actualité ces derniers mois, nous avons tendance à oublier que le racisme a TOUJOURS été d’actualité. Mais ces derniers mois, un mouvement social a pris une ampleur méritée qui ne doit plus jamais s’éteindre, le mouvement BLACK LIVES MATTER.


« Le racisme prospère quand il est nié. » Doudou Diène, juriste et ancien rapporteur spécial des Nations unies.

Le mouvement « Black Lives Matter »


Le mouvement BLM a fêté le 11 septembre dernier, ses 7 ans de combats, d’abord né pour

dénoncer la violence institutionnelle faite contre les minorités raciales aux États-Unis, la formule : « Black Lives Matter » a pris sa source à la suite de l’acquittement très contesté (et à raison) en juillet 2013 du vigile George Zimmerman, dans la mort du jeune Trayvon Martin, 17 ans, tué par balle alors qu’il revenait de l’épicerie, après s’être acheté des ????? BONBONS !!!!!

Au fur et à mesure que l’indignation provoquée par la mort de centaines d’Africains-Américains, sans armes, tués par la police grandissait, ce mouvement social, s’est développé, structuré et a pris l’ampleur qu’il méritait.

Bien plus qu’un moment, c’est un mouvement social


Suite à la mort de George Flyod, le 25 mai dernier, ce combat a repris avec plus de puissance et cette fois-ci c’est le monde qui s’est soulevé pour marcher à la mémoire de cet homme et manifester contre les violences policières faites envers les minorités.

Ce meurtre a aussi mis en lumière à quel point le racisme est installé confortablement dans notre société, les différentes manières que nous avons de le justifier et combien nous nous y sommes, en quelque sorte, habitués !


Selon Samuel Sinyangwe, activiste et co-fondateur de « Mapping Police Violence » et « Police Scorecard », deux projets qui collectent et retracent les violences policières aux États-Unis, il n’y a eu seulement que trois jours depuis la mort de George Floyd, où la police américaine n’a pas tué quelqu’un.




Sur le site de “Police Scorecard”, un rapport sur la police de San Diego a été publié et les faits sont effrayants…. les départements du shérif et de la police ont arrêté deux fois plus de personnes noires que blanches. Ils utilisent aussi et non seulement plus souvent la force dans leur arrestation, mais utilisent également des formes de force plus sévères (taser, prise d’étranglement, chiens, armes à feu,...) contre les personnes noires que d'autres groupes ethniques et cela, même après avoir contrôlé les taux d'arrestation et le niveau présumé de résistance.

Le fait qu’une personne ait davantage de risque de se faire arrêter ou violenter par la police lors d’une arrestation sur la base de sa couleur de peau, de son origine ethnique présumée ou de ses croyances religieuses, s’appelle du racisme systémique.

Le racisme systémique

“ On ne peut plus nier l’existence de comportements racistes dans notre société ”

Qu’est-ce que le racisme systémique ?

La Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) définit le racisme systémique « comme la somme d’effets d’exclusion disproportionnés qui résultent de l’effet conjugué d’attitudes empreintes de préjugés et de stéréotypes, souvent inconscients, et de politiques et pratiques généralement adoptées sans tenir compte des caractéristiques des membres de groupes visés par l’interdiction de la discrimination. » (p. 6).

Le racisme systémique est donc un biais discriminatoire produit par le système, de manière consciente ou inconsciente.

Est-ce que cela existe vraiment ?

« Les Blancs restent pris au piège d’une histoire qu’ils ne comprennent pas. » James Baldwin

Oui ça existe ! Et bien que beaucoup clament que la situation dans leur pays ne peut en rien être comparable à celle des États-Unis, le racisme systémique est bien présent dans de nombreux pays.

Au Québec….


En 2019, un rapport du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a clairement mis en évidence que vos chances de vous faire interpeller par la police varient selon votre origine ethnique, ou plus simplement selon la couleur de votre peau :

- Les personnes autochtones et les personnes noires ont entre 4 à 5 fois plus de chances (si l’on peut parler de chance) de se faire interpeller par la police. Les personnes arabes ont, en moyenne, 2 fois plus de chances d’être interpellées.

Là, on ne parle que d’interpellation policière en voiture, mais si on s’intéressait à d’autres formes de racisme systémique ?

Et si on parlait travail ?

- À Montréal, pour un CV avec des caractéristiques et compétences égales, M. Tremblay a 60 % plus de chances d’être retenu pour une entrevue que le CV de M. Traoré ! – (Étude de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, mai 2012)

- Au Québec, le taux de chômage des personnes issues de « minorités visibles » avec un diplôme universitaire, est deux fois plus élevé que la normale (6,5 % contre 3 %). – Statistique Canada.

- Ces disparités sont plus grandes au Québec que dans le reste du Canada


Lundi dernier (28 septembre), c'est Joyce, une femme de 37 ans, mère de 7 enfants qui décède à l'hôpital Joliette de Montréal. Dans ses dernières heures, elle a eu la force d'enregistrer les propos racistes tenus par le personnel soignant à son égard ....







Et la France n’est pas en reste...


Dans un rapport publié le 22 juin dernier, intitulé « Discriminations et origines : l’urgence d’agir », le défenseur des droits dévoile l'ampleur des discriminations subies par les personnes issues de l'immigration en France. “En France métropolitaine, l’origine réelle ou supposée constitue le deuxième critère de discrimination après le sexe : 11 % des individus déclarent avoir vécu une ou des discrimination(s) en raison de l’origine ou de la couleur de peau au cours des cinq dernières années.”

Vous l’aurez compris, ces chiffres ne sont que ceux en lien avec des discriminations raciales, mais si on ajoute toutes les autres formes de discrimination, les chiffres explosent !


Le racisme systémique et les nombreux témoignages qui en résultent sont des faits et ils sont indéniables !

Comment en sommes-nous arrivés là ??

« Priver les gens de leurs droits fondamentaux revient à contester leur humanité même » Nelson Mandela


Psychologie & Racisme


Quand la psychologie se penche sur le racisme

Le racisme ne commence pas brutalement un matin, il s’invite chez vous dès le moment où vous ouvrez votre porte aux stéréotypes, laissant passer avec eux…. Les préjugés.


On ne peut pas parler de racisme sans aborder les processus cognitifs humains les stéréotypes et préjugés, puisqu’après tout le racisme commence à partir du moment où l’on porte un jugement négatif, basé sur des croyances et appuyé par certains processus cognitifs….

Mais l’histoire ne commence pas aux stéréotypes, elle commence bien avant cela, avec un processus cérébral fondamental à l’homme, celui de la catégorisation.

La catégorisation


La catégorisation a d'abord été étudiée en psychologie cognitive, avant de déferler en psychologie sociale.

Catégoriser est une activité mentale qui nous permet d’organiser et classer les objets et les situations partageant des propriétés communes. Dès qu’un nouvel objet est identifié comme relevant d’une catégorie familière, les propriétés partagées par les membres de la catégorie lui sont immédiatement attribuées.

Le processus de catégorisation est fondamental à l’homme, il nous permet de traiter la multitude d’informations que nous recevons à chaque seconde et d'interagir efficacement avec l’environnement sans être dépassé par sa complexité. Sans cela, l’environnement nous paraîtrait chaotique et systématiquement nouveau, chaque action ou prévision serait inadaptée, erronée, la catégorisation permet d’organiser nos connaissances.

Catégoriser est fondamental à la pensée humaine en nous offrant une vision simplifiée et pratique du monde, mais qu’en est-il quand les membres d’une catégorie sont des personnes et non plus des objets ?

Catégorisation sociale


C’est ce qu’on appelle la catégorisation sociale, un processus à la fois social et cognitif qui se produit spontanément et à chaque instant (Crisp & Hewstone, 2007). La catégorisation sociale consiste à regrouper en catégories des personnes, ou groupes de personnes, semblant partager des caractéristiques sociales communes.

Le fait de catégoriser un individu comme étant un homme (vs une femme), une personne âgée (vs une personne jeune), une personne noire (vs asiatique, blanche, …) et ainsi de suite (Allport, 1954/1979), sont des exemples quotidiens de catégorisation sociale.

Et bien que le fait de penser aux autres comme adhérent à une catégorie sociale présente certains avantages potentiels (simplifier, et accélérer notre traitement, participer à notre formation identitaire), catégoriser les gens, plutôt que de les traiter comme des individus uniques ayant leurs propres caractéristiques, a davantage d’effets négatifs que positifs.

Un des problèmes majeurs est la généralisation excessive c’est-à-dire la tendance à exagérer les différences entre les personnes de différents groupes sociaux tout en percevant les membres de groupes plus semblables les uns aux autres qu’ils ne le sont réellement (Tajfel & Wilkes, 1963 ; Meissner & Brigham, 2001). Peut-être avez-vous déjà vécu cette expérience vous-même ?

« Oh, eux, ils se ressemblent tous l! »

Une fois que nous commençons à voir les membres de groupes sociaux comme plus semblables les uns aux autres qu’ils ne le sont réellement, il devient alors très facile d’associer des croyances aux membres de ce groupe. Ces croyances ou stéréotypes sont alors liés au groupe lui-même dans un ensemble de représentations mentales.

Stéréotypes

Les stéréotypes sont les croyances associées aux catégories sociales, ils sont « des raccourcis cognitifs, des “schémas perceptifs” […] relativement rigides, que partagent des individus appartenant à une entité donnée, à propos de l’ensemble des attributs des membres d’un autre groupe ou du sien propre » (Leyens, 1983 : 67).

Pour faire simple, ils sont des « croyances partagées concernant les caractéristiques personnelles, généralement des traits de personnalité, mais souvent aussi des comportements, d’un groupe de personnes » (Leyens et al., 1996).


Les stéréotypes ces « images dans nos têtes » Lippman, 1922

Dans la vie quotidienne, nous utilisons des stéréotypes ou autrement dit, des traits stéréotypés, qui peuvent être positifs ou négatifs, plus ou moins proches de la réalité, pour s’expliquer le comportement des gens. Ces traits stéréotypés peuvent s’appliquer à une seule personne, à une classe sociale, à un groupe naturel (homme/femme), à une ethnie, ….

Ils sont généralement socialement partagés, dans le sens où ils sont véhiculés et entretenus par notre environnement social (famille, amis ou encore les médias).

Les stéréotypes ont une valeur de connaissance, autant sur soi que sur les autres, même si ces connaissances sont très simplifiées, voire déformées….

" L'essence serait le ciment qui tient ensemble et justifie tous les stéréotypes. " Yzerbyt & Schadron, 1996

Une fois établis, les stéréotypes (comme toute autre représentation cognitive) ont cette fâcheuse tendance à se maintenir et à persévérer. Autrement dit, nous commençons à interagir avec les individus de catégories stéréotypées comme si nous savions déjà qui ils sont, comment ils pensent, etc. … . Yaacov Trope et Eric Thompson (1997) ont constaté que les individus posaient moins de questions aux individus des catégories au sujet desquelles ils avaient de forts stéréotypes (comme s’ils savaient déjà à quoi ces gens ressemblaient) et que les questions posées avaient pour but principal de confirmer les stéréotypes qu’ils avaient déjà.

Vous l’aurez déjà compris, le problème a commencé à naître progressivement, car le fait d’attribuer une caractéristique ou un trait de personnalité basé sur nos schémas s’accompagne généralement de la tendance à poser, sur un groupe, des jugements rapides qu’on nomme des préjugés.

Stéréotype ou préjugé ?

Stéréotypes et préjugés ont une origine commune, mais le préjugé possède en plus:

- une forte composante affective, j’aime ou je n’aime pas

- une dimension évaluative, c’est-à-dire qui a pour but d’établir une différenciation sociale, de hiérarchiser les groupes sociaux

- et une dimension connotative, dans le sens où ils incitent à passer à l’action, à avoir des intentions de comportements discriminatoires.

Alors que les stéréotypes peuvent être positifs (« les ouvriers sont généralement sympas »), ce n’est pas le cas des préjugés qui sont le plus souvent négatifs et ont pour but la dévalorisation et le mépris. C’est pour cette raison, que les préjugés sont depuis longtemps définis comme étant « une prédisposition à réagir défavorablement à l’encontre d’une personne sur la base de son appartenance à une classe ou à une catégorie [de personnes]» (Gergen et al., 1981).

" First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win. ” Mahatma Gandhi

Il existe différents degrés du préjugé, Allport en a défini 5:

- Discrimination verbale (blagues racistes, sexistes, insultes…)

- Évitement / mise à l’écart (invisibilité et indifférence)

- Ségrégation, mise à l’écart systématique et institutionnalisée

- Agression physique

- Extermination du groupe

Des degrés, qui peuvent être aussi lus comme des étapes progressives vers l'extermination.

Vous l’aurez déjà sûrement compris

Stéréotypes et préjugés sont la base sur laquelle se développent la discrimination, le racisme ou le sexisme et sont d’ailleurs utilisés pour se justifier par ceux qui en usent.

Les racines du racisme

Les enfants utilisent naturellement la catégorisation et les parents les aident dans ce processus en nommant les objets (“c’est un oiseau”) pour les aider dans leur apprentissage.

Mais force est de remarquer que les enfants sont plus sensibles et malléables que les adultes quand il s’agit de catégorisation sociale.

Voilà ce que l’on sait sur le racisme et les enfants

Ces deux dernières décennies, plusieurs études ont été menées auprès de nourrissons, afin de mesurer leur comportement de catégorisation sociale et voir s’il existe des biais raciaux dès la naissance. Étant donné qu’ils n’ont pas acquis le langage, les chercheurs ont recours à différentes méthodes pour mesurer ces biais, la suivante étant la plus utilisée: plusieurs visages d'ethnies différentes, sont présentés à l’enfant, plus l’enfant porte attention à un visage (temps d’observation plus long) plus il la préfère.

Et voilà ce que ces études ont mis en évidence

● Dès 3 mois, les nourrissons préfèrent les visages de leur propre groupe ethnique (Kelly et al., 2005).

● Dès 9 mois, ils associent les visages de leur propre groupe ethnique à de la musique joyeuse alors qu’ils associent la musique triste aux visages d’ethnie différente (Xiao et al., 2017).

● Dès la fin de leur première année, les nourrissons ont de meilleures performances quand il s’agit de reconnaître et se souvenir des visages appartenant à leur propre groupe ethnique mais tendent à oublier les personnes d'autres origines ethniques (Anzures et al., 2013).

Ces observations sont souvent interprétées à tort, comme étant des signes précoces de racisme. Ce qui laisse à penser que le racisme serait inné, on naîtrait raciste !


MAIS


Les nouveau-nés (5h à 5 jours après la naissance) regardent tout aussi longtemps les visages de différentes origines ethniques (Kelly et al., 2005)

Cela voudrait donc dire que la tendance à regarder plus longtemps les visages de leur propre ethnie apparaît seulement après les premiers mois de vie ?


Avoir des biais raciaux n’est donc pas inné, mais s'acquiert avec …

L’expérience ! Ou plutôt le manque d’expérience !


Et oui, cette préférence des enfants pour leur propre groupe ethnique n’existe pas chez les enfants exposés à un environnement multi-ethnique !

Par exemple, les bébés blancs qui grandissent en Israël (environnement à prédominance blanche) regardent plus longtemps les visages blancs; les bébés noirs qui grandissent en Éthiopie (environnement à prédominance noire) regardent plus longtemps les visages noirs; mais les bébés noirs qui grandissent en Israël (exposés à un environnement noir et blanc) regardent aussi longtemps les visages blancs que les visages noirs (Bar-Haim et al., 2006).

De plus, alors que les bébés perdent généralement la capacité de se souvenir et de reconnaître les visages d’autres ethnies à la fin de leur première année, ce n’est pas le cas des bébés côtoyant régulièrement des personnes de différentes origines ethniques, ou même qui sont intentionnellement exposés à des visages divers dans les livres et les médias (Lee, Quinn, & Pascalis, 2017).

Qu’est-ce que tout ça veut dire ?


On ne naît pas raciste, on le devient …. et ces comportements infantiles pouvant apparaître comme des formes précoces de préjugés raciaux ne reflètent pas des tendances innées, mais sont plutôt le résultat d’un apprentissage précoce dans des environnements particuliers.

Autre chose …


Combien de parents ont été choqués d’entendre leur bout de choux de 4 ans faire à haute voix, un commentaire raciste ou discriminatoire, alors qu’eux-mêmes ne se considèrent pas racistes et n’ont jamais fait de commentaires de ce type ?

Comment est-ce possible qu’un enfant soit ou ait des attitudes racistes alors qu’il vit dans un environnement non raciste ?

Est-ce qu’il l’aurait entendu ça à l’école ? Oui c’est une possibilité, mais est-ce la seule raison possible?

Parfois les parents peuvent être gênés par une question de leur enfant sur la couleur de peau ou les croyances religieuses d’une personne “papa, pourquoi le monsieur il est noir ?”, “maman pourquoi, la dame elle porte un voile sur la tête?”. Et les enfants blancs apprennent souvent très rapidement que de simples questions ou commentaires sur ces observations sont stoppés et étouffés à une vitesse folle. Les enfants en viennent à penser que ce sujet doit être important parce que contrairement à leurs autres questions, celles-ci restent souvent sans réponse, mettant leur parent dans l’embarras et les laissant avec des regards inquiets.

Saviez-vous que beaucoup de mères blanches aux États-Unis adoptent une approche dite daltonienne quand elles lisent un livre à leurs enfants de 5 ans ou les protagonistes sont d’origines diverses ? Comme si la différence de couleur n’existait pas (Pahlke et al., 2012).

Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous parle de cela. Et bien, les enfants sont intelligents et curieux et de ce fait, si on ne leur explique pas, ils essaient de comprendre le monde qui les entoure par eux-mêmes. Une étude a ainsi mis en évidence que les enfants en arrivent à faire des conclusions parfois inquiétantes sur l’ethnie, s’ils pensent qu’ils ne peuvent pas en discuter avec leur parent. En 2006 (avant que Barack Obama ne soit candidat à la présidence), une équipe de chercheurs a demandé à un groupe d’enfants américains de 5 à 10 ans pourquoi ils pensaient que les 43 présidents à ce jour étaient tous blancs, plusieurs explications possibles leur étaient proposées. À leur grande surprise 26 % des enfants expliquaient ce phénomène par le fait qu’une personne noire ne pouvait être président, puisqu’il est illégal d’être noir (Bigler et al., 2008).

Technologie & Racisme

Quand les machines intègrent nos stéréotypes

Il est assez troublant, mais finalement pas si surprenant de constater que les préjugés raciaux et sexistes sont tellement omniprésents dans notre société et exprimés de façon si naturelle dans les discours, que même les algorithmes d’apprentissage automatique utilisés en intelligence artificielle, acquièrent automatiquement ces mêmes biais (Caliskan et al., 2017).


Pourquoi ?



Des humains programment des machines en utilisant le langage humain. Généralement, les chercheurs donnent accès au langage disponible en ligne aux machines pour leur apprentissage.

Prenons un exemple concret:

Dans la langue turque, le troisième pronom personnel est neutre ("o") contrairement au français (“il/elle”). Mais si vous entrez les phrases suivantes "o bir doktor" et "o bir hemşire”, dans un traducteur en ligne, qu’importe que le pronom soit neutre, elles seront traduites avec un biais de genre en : "il est docteur" et "elle est infirmière".

Dès lors où les langues étrangères sont traduites par des programmes d’apprentissage automatique comme les traducteurs en ligne, cela mène incontestablement à des traductions stéréotypées.

« La technologie n'est ni neutre ni objective, elle est fondamentalement façonnée par les inégalités raciales, ethniques, de genre et autres qui prévalent dans la société, et aggrave généralement ces inégalités. » Tendayi Achiume, Rapporteure spéciale des Nations Unies sur le racisme

Aujourd’hui, la grande majorité des pays, utilisent des logiciels de reconnaissance faciale ciblant les “potentiels suspects” en fonction de la couleur de leur peau … Charlton McIlwain, auteur d’un best-seller, Black Software, universitaire et essayiste américain, a d’ailleurs récemment publié une tribune dans la revue du MIT. Il y explique comment les solutions technologiques mises en place aux Etats-Unis perpétuent le racisme.


Finalement, nous sommes aujourd’hui dans une société qui définit les personnes selon la couleur de leur peau, mais également leur sexe, leur appartenance religieuse, … et en font des “problèmes”.

Que pouvons-nous faire pour lutter contre le racisme ?


Quelles solutions apporteriez-vous ?


En parler, continuer à s’éduquer, s’attaquer aux causes et aux conséquences de ce problème social qui gangrène notre humanité


Car


« On ne fera pas un monde différent avec des gens indifférents. » Arundhati Roy

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